Presse

Holocauste : la résilience, thème d’une exposition picturale à Genève

23.09.16

capture-decran-2016-09-28-a-18-33-57

 Photo d’une des pièces de l’exposition “Les rescapés de la Shoah: courage, volonté, vie ” par le peintre français Alain Husson-Dumoutier Vony Rambolamanana

« Les rescapés de la Shoah : courage, volonté, vie», c’est le thème de l’exposition que le peintre français  Alain Husson-Dumoutier, Artiste  de l’Unesco pour la paix, tient au Palais des Nations à Genève du 2 au 28 septembre prochain.

Les Artistes de l’Unesco pour la paix sont des personnalités internationales qui donnent une résonance particulière aux messages et aux programmes de l’Organisation. Il s’agit d’hommes et de femmes particulièrement soucieux du respect des valeurs promues par l’Unesco. Leur mission est de  sensibiliser le public aux actions de cette agence du système des Nations unies.

La mémoire de l’Holocauste est centrale pour l’Unesco qui considère que son enseignement est une dimension essentielle de la construction de la paix.  A travers l’art, c’est donc le devoir de mémoire qui s’exprime, contribuant ainsi à prévenir la répétition d’atrocités quel qu’en soit le lieu. Ainsi, à travers diverses expositions, l’Unesco s’efforce d’informer les plus jeunes sur le rôle destructeur de la propagande, l’objectif étant de prévenir les actes de génocide.

Le vernissage de l’exposition en cours a été l’occasion de découvrir trente-cinq peintures qui constituent l’aboutissement de sept années d’enquête et de travail pictural de l’auteur. Pour mener son enquête, l’artiste français a surtout recueilli les témoignages de survivants de l’Holocauste et effectué un voyage à Auschwitz.

Sociologue de formation, il posait des questions simples, claires et brèves : Quand vous êtes-vous senti libre ? Etes-vous croyant ?

« Il a fallu gagner leur confiance, et puis aussi apprendre et comprendre davantage la culture juive », témoigne-t-il. Une proximité s’est ainsi créée entre l’artiste et les personnes rencontrées. Certaines ont d’ailleurs fait le déplacement à Genève lors de l’inauguration de l’exposition. Lors de ses  échanges avec les rescapés, Alain Husson-Dumoutier a senti chez eux une volonté commune de survivre, de réussir leur vie d’après, puis de partager leur expérience. Mais la  portée de l’exposition va au-delà de la résilience de ses survivants. L’artiste s’est senti obligé, non seulement d’immortaliser cette volonté de survivre, mais aussi de transmettre un message aux générations futures. « C’est toute l’essence de l’art ; quand une œuvre est finie, elle n’appartient plus à l’artiste, elle joue un rôle de transmission des valeurs. Voilà pourquoi l’art est souvent l’une des cibles lors d’un conflit armé », explique le peintre.

Perpétuer la mémoire pour le bien de l’Humanité

Cette démarche artistique qui consiste à donner la parole aux survivants est ainsi complémentaire de la justice internationale qui, de plus en plus, place la victime au centre de son travail. Pour les victimes de la Shoah qu’il n’était pas question d’entendre au procès de Nuremberg, l’art peut donc combler un vide immense, en perpétuant la mémoire pour le bien de l’Humanité, aujourd’hui et demain.

Né en Provence, Alain Husson-Dumoutier, qui est aussi sculpteur, est un artiste international, présent dans de nombreux musées et de grandes collections dans le monde. Selon le site de l’Unesco, son talent s’exprime à l’écart des modes et des écoles, tout en étant résolument novateur et intéressé par les grands thèmes de l’humanité.

Grand voyageur –pour ne pas dire bourlingueur, il est également empreint de paysages, de lumières et de présences, que les êtres, les villes et les temples lui ont inspirés.

Epris de poésie, il ressent et exprime l’intimité de ses poètes préférés, tels Rimbaud, Schiller, Goethe, Lorca et Pablo Neruda.

Le partenariat d’ Alain Husson-Dumoutier avec l’Unesco remonte à 1996, lorsqu’il réalise deux sculptures-trophées à la demande de l’organisation, dont l’une fait partie de la collection permanente de cette agence onusienne, l’autre étant destinée à servir de trophée au Prix Madanjeet Singh pour la Tolérance et la Non-Violence.

Nommé Artiste pour la paix par en 1999, à la suite d’une riche collaboration avec l’Unesco, alors sous la direction générale de Federico Mayor, il poursuit son travail pour le compte de l’agence onusienne.

Son ascension est telle que c’est lui qui, en 2006, portera le drapeau de la peinture française à Sarajevo, à l’occasion du 10ème anniversaire des accords de Dayton. Sociologue de formation, il présente l’année suivante une grande exposition intitulée « l’Egypte et les Trois Livres Sacrés », s’inspirant de ses recherches sur les religions.

 

 © Tribune de Genève; 19.09.2016; Seite 10tg1

Faksimile

Genève internationale

Exposition

Les leçons de vie des rescapés de la Shoah

A travers la peinture, l’artiste Alain Husson-Dumoutier a trouvé un autre moyen de transmettre l’héritage des anciens déportés

Alain Jourdan

«Ne parlez pas de moi mais de mon exposition, de ce qu’elle dit aux autres générations.» Cette supplique est celle d’Alain Husson-Dumoutier. L’artiste français était à Genève dernièrement pour raconter l’histoire des trente-cinq tableaux exposés en ce moment dans la salle des Pas perdus du Palais des Nations dans le cadre de l’exposition «Les rescapés de la Shoah, courage, volonté, vie». En 2007, ce sociologue de formation a entrepris de rencontrer des survivants de l’holocauste pour recueillir leurs témoignages.

Son humanisme rivé aux tripes et son émotion d’artiste en bandoulière, l’homme a voulu comprendre comment des femmes et des hommes, rescapés de l’enfer, étaient parvenus à se reconstruire, et pour certains à mener de brillantes carrières, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Un travail de transmission à travers la peinture pour asseoir le caractère universel du message transmis par les survivants. Jamais un peintre n’a consacré autant de temps et autant de tableaux au thème de la Shoah.

Comprendre l’après

Aucune des œuvres exposées ne laisse indifférent. «Ces tableaux ne sont pas là pour faire plaisir mais pour faire réfléchir», explique Alain Husson-Dumoutier. Pour l’artiste, une peinture doit toujours contenir une part «d’impalpable» si l’on veut qu’elle porte un questionnement ou une prise de conscience. Trente cinq tableaux, ce sont trente-cinq histoires différentes. Alain Husson-Dumoutier est devenu le confident d’une poignée de survivants. Au départ, quelques-uns ont manifesté de la réticence. Puis, l’artiste a pu se confronter aux récits à la fois précis et dépouillés des témoins et victimes de l’indicible. Pas pour restituer l’image des camps. Pour essayer d’en comprendre l’après. Comment survit-on ou revit-on quand on revient de l’enfer?

Alain Husson-Dumoutier a des milliers d’anecdotes. Mais aucune ne parvient à exprimer ce que portent ses toiles. Ou plutôt si. Une chose résume peut-être tout. C’est une petite voix que l’artiste ne parvient pas à couvrir. C’est celle de son attachée de presse, Gisèle, arrêtée à 12 ans, dénoncée parce qu’elle était juive. A 85 ans, elle est là, pleine de vie, un regard pétillant. Sa casquette rivée sur la tête, les mains dans ses dossiers de presse, elle n’hésite pas à reprendre l’artiste lorsqu’il omet un détail. Rien n’est dit mais tout est dit. Ceux qui ont échappé à la mort ont épousé la vie.

C’est parce qu’elle explore cet autre pan de la Shoah que l’exposition présentée actuellement au Palais des Nation est unique. Accolée à chaque portrait ou illustration, une citation ou une phrase qui renvoie au récit d’un rescapé: «pardonner pour vivre», «la vie est belle», «vivre pour témoigner», «construire», «amour de la vie»…

Un combat d’aujourd’hui

Pour l’artiste, il importe de regarder cette exposition à l’aune de ce qui se passe dans le monde aujourd’hui. «Haïr un enfant juif, c’est haïr un enfant arabe», lit-on au-dessous d’un tableau qui représente l’aigle impérial nazi empoignant deux silhouettes par la tête. Cette phrase est de Hravka Folman, une survivante devenue institutrice et qui a consacré sa vie aux enfants, qu’ils soient juifs ou musulmans.

«L’histoire de tous ces survivants doit inspirer ceux qui sont en souffrance aujourd’hui. Ils peuvent s’en sortir, se reconstruire. Rien n’est perdu», explique l’artiste. L’esprit de résilience des victimes ne dédouane pas pour autant de leurs responsabilités ceux qui vivent dans l’opulence. «Dites-le dans votre article: il y a 50 millions d’enfants réfugiés dans le monde aujourd’hui! On ne peut pas accepter cela.» Ne rien faire, c’est piétiner leur dignité et la nôtre, dit l’artiste.

Exposition jusqu’au 28 septembre 2016. http://www.husson-dumoutier.org/ http://rescapesdelashoah.org/

Alain Husson-Dumoutier: «L’histoire de tous ces survivants doit inspirer ceux qui sont en souffrance aujourd’hui.» ORBISSWISS PHOTOS-GENEVA

Pour la paix

Les tableaux d’Alain Husson-Dumoutier sont exposés dans de nombreux musées. En 1996, l’Unesco lui demande de réaliser deux sculptures. C’est le début d’une longue collaboration entre l’artiste et l’organisation internationale, qui le nomme artiste de l’Unesco pour la Paix en  1999. A.J.

 Alain Jourdan

Rubrique internationale – Correspondant au Palais des Nations

 

 

 

La Peinture d’ALAIN HUSSON DUMOUTIER

Marie Mignon Gardet

 

Alain Husson-Dumoutier, artiste de l’UNESCO pour la paix,  a réussi avec audace, ce prodige de « prendre du recul pour regarder ». Mais aussi pour méditer sur une tragédie qui a traversé notre histoire. et que certains rescapés ont pu dominer et transformer en courage  et en volonté grâce à leur amour de la vie. Après sept années de travail assidu et d’enquêtes, l’artiste peut enfin présenter son œuvre peint au siège de l’UNESCO à Paris. Pour le peintre, une spiritualité inaltérable dans notre monde perturbé, va de pair avec la notion d ‘art. Elle seule apparaît capable de réunir les hommes dans l’espérance d’une paix durable. Alain Husson-Dumoutier a gravé en lettres d’or dans son œuvre colorée, la force inouïe du beau qui l’habite au travers d’un élan mystique incontestable en ses profondeurs. L’univers pictural du créateur se reconnaît d’emblée par un travail particulier de la matière souvent pétrie de sable , de terre , en l’occurrence celle d’Auschwitz, ou autres pigments solides qui donnent à la toile sa structure et un équilibre assuré dans la pureté d’une étonnante simplicité symbolique. Sans jamais obstruer un infini toujours ouvert à l’alchimie de la lumière. Il s’affirme au-delà de toute ambiguïté par son lien étroit avec la sensibilité qui le rend si caractéristique. Le climat des oeuvres se répand dans le flux des couleurs sourdes ou chatoyantes qui, dans leur souffle de vie, emportent et balaient tout réalisme. Telle la pulsion d’une énergie primordiale absolue. Un univers infiniment plus grand que soi, empreint de respect mais générateur d’une opulence, d’une fécondation originale s’ouvre au regard. L’œuvre prend alors valeur de symbole, assimilant au plan plastique le choc entre l’impulsion de l’artiste et son empreinte humaine. L’élan mystique conduit l’événement au-delà de tout conflit entre la figuration et l’abstraction. Il capte d’emblée le regard, faisant naître une lumière, une espérance, un renouveau inconnus. Mais cette puissante dynamique avivée de forces mouvantes et multiples, créée aussi un environnement serein dans lequel se font jour de grands jaillissements de noirs profonds, de bleus intenses, de rouges vibrants ou de verts apaisants qui décuplent les effets de la matière et des formes. Nous pénétrons dans le monde de la musicalité qui accentue la démarche sur le plan plastique aussi bien que symbolique. Tous ces chromatismes foisonnants ne sont pas sans évoquer l’essence même de la vie qui échappe à l’univers scientifique mais révèle l’impalpable. Loin de tout processus rationnel.. Ainsi naît l’exaltation qui conduit à l’essentiel.. Alain Husson-Dumoutier possède l’art de faire exploser l’apparence des certitudes et des illusions dans le champ du possible par la magie de ses couleurs inondées d’incandescence. L’artiste excelle à faire basculer tout sens de l’humain dans un grand mouvement cosmique porteur d’une clarté  insigne, annonciatrice de toute paix.