Gilbert Grunval

2012 - 09 - 01 - Alain Husson-Dumoutier - IMG_2472 final« Ne pas lâcher »

 

Ce fut le premier tableau chronologiquement parlant.

Gilbert Grunval est souriant et secret à la fois. Il ne veut pas être mêlé aux autres rescapés. Il est seul et indépendant. Son regard clair cache autant qu’il ne révèle.

« Ne pas lâcher » est écrit avec des fils de fer barbelés car rien n’est plus difficile que de tenir un fil de fer barbelé entre ses mains.

A Auschwitz, les clôtures en fil de fer barbelé conduisaient un courant électrique mortel.

Rien n’était plus facile au  déporté  que de se suicider.

Gilbert Grunval est vivant.

Il a créé une crèche à Jérusalem au nom de sa femme, Chantal Grunval dont il s’occupe activement.

120x90cm

Huile sur bois, Pigments purs, Sables des plages du débarquement, Terre d’Auschwitz

Gilbert Grunval Présentation

Gilbert Grunval Présentation

 

Capture d’écran 2015-05-04 à 23.51.51Né à Berlin le  9 février 1926-

Arrêté à Nice avec son père, sa mère et sa sœur le le 6 octobre 1943. Transféré à Drancy. Part le 28 octobre 1943 pour Auschwitz.

Détenu à Auschwitz puis mineur dans une mine de charbon.

Libéré en avril 1945 par les Canadiens.

Gilbert Grunval a écrit un livre sur ces évènements intitulé « Pour Mémoire »  édité à La pensée Universelle.

La première année de retour qu’avez-vous fait ?

Je n’ai jamais quitté mon père. Nous avons été détenus ensemble et avons vécu toute notre captivité ensemble. Nous avons été libérés ensemble et sommes revenus ensemble à Paris et à Nice après un passage en Suède puis en Belgique. A Paris le centre d’accueil a été l’hôtel Lutetia où nous avons reçu des papiers, carte d’identité, cartes de ravitaillement etc… En Suède nous étions une centaine de français rassemblés dans un lieu où nous avons récupéré.

De retour avec mon père, nous avons cherché pendant un an la trace de ma mère et de ma sœur en vain. Elles avaient disparu à Birkenau après que nous ayons été séparés à l’arrivée du train. Nous avons retrouvé bien plus tard la trace de la disparition de ma mère mais pas celle  de ma sœur.

Mon père  après avoir cherché en vain son épouse et sa fille avec moi, en désespoir de cause racheté une affaire de confection à Paris et moi j’ai repris mes cours de dessin.

Mon père, Léo de son prénom, a plus tard épousé la jeune sœur de sa femme et a demandé mon accord.

Grâce à la femme de l’Ambassadeur de France de Suède  qui avait noté mon coup de crayon, j’ai pu commencer à travailler chez un couturier de l’avenue Montaigne à Paris, comme styliste mais je ne me suis pas plu dans cette ambiance et je suis retourné travailler à Francfort dans la mécanique. Entretemps j’ai suivi des cours de mécanique à Paris. Pendant trois ans j’ai fait le voyage entre Francfort et Paris. Je travaillais la semaine et revenais à Paris le week-end pour retrouver mes amis.

Parallèlement j’ai retrouvé Sabine, mon amie de cœur- que je connaissais de Nice et qui suivait des cours de dessin dans une école avec moi  alors que nous avions 14 ans.
J’ai retrouvé Sabine et nous étions fiancés. Elle aimait  beaucoup mon père qu’elle appelait « Papa » et un jour mon père m’a demandé d’arrêter de fréquenter Sabine car je n’avais pas de situation… J’avais 20 ans et mon père m’a giflé pour la première  et la seule fois de sa vie parce que je m’opposais à lui.

J’ai alors cessé mes relations avec Sabine et elle s’est mariée avec un autre garçon. Elle est partie vivre à Cuba. Moi, de mon coté je me suis marié avec  une autre de nos  amies,  Eliane, qui était juive turque .Et nous avons été très heureux.

Quand êtes vous revenu à la vie après votre libération ?

Mon père ne m’a jamais quitté et je n’ai jamais quitté mon père durant toute la détention. Nous nous sommes toujours épaulés et aidés. Je n’ai jamais perdu ma force en la vie grâce à lui.. Mais le principal moment du  retour à la vie fut perceptible et évident quand les Canadiens nous ont libérés. C’est cela le grand moment.

Quelle est la phrase qui vous a permis de tenir ?

 Mes phrases fétiches dans tous les moments ont été :  Il faut y aller  et  Ne lâche pas Mais surtout c’était : Ne pas lâcher.

Quelles ont été vos préoccupations essentielles lors de votre retour ?

Vivre et suivre une vie normale. J’étais incapable d’évoquer ce que nous avions vécu. Même avec des amis ou la famille à fortiori avec des inconnus qui ne pouvaient comprendre.

 J’ai travaillé et un jour je me suis marié avec Eliane qui a été ma seule épouse pendant plusieurs années.  Mon père a assisté à mon mariage et ceci a été un grand bonheur. Mon épouse  est malheureusement maintenant décédée. Cela fait de nombreuses années mais je suis toujours avec elle. Je suis un garçon fidèle en amour et en amitié. Pour moi le mariage est sacré.

Nous n’avons malheureusement pas eu d’enfants, alors nous avons construit une crèche en Israël pour 120 enfants. Cette crèche porte son nom Eliane Grunval. Il figure sur le portail d’entrée. Je vais y aller bientôt.

Avez-vous subi des moments de découragement dans cette nouvelle vie ?

Oui, à un moment j’ai commencé une dépression et mon médecin m’a recommandé d’écrire pour oublier. J’étais parti au Mexique avec mon épouse et j’ai écrit des morceaux de vie en bribes sur des papiers et un carnet et en rentrant j’ai demandé à un journaliste de les mettre en forme. Je n’ai pas trouvé d’éditeur, qu’à vrai dire  je n’ai pas vraiment cherché et j’ai édité ce livre à compte d’auteur. Mille exemplaires portent la trace de cette sorte de témoignage. Je peux vous le remettre mais ce n’est pas écrit comme un livre il faut le savoir….Dans ces moments j’ai eu aussi ma femme Eliane, gentille, intelligente qui m’a donné ma raison d’être.

Qu’avez-vous le mieux réussi dans cette vie ? Avez-vous une passion déterminante ?

Je crois que lorsque ma femme est décédée j’aurais du demander à Sabine, qui était mal mariée et malheureuse  en ménage, de divorcer et de m’épouser. C’est beau l’amour quand on est jeune….

Mais Eliane et moi nous étions complémentaires et depuis sa disparition je suis encore avec elle. J’ai changé d’appartement et malgré ce changement  tous les meubles sont placés de telle sorte que si elle revenait, elle ne serait pas dépaysée. Elle serait chez elle. Quand je suis seul je lui parle encore.

Aujourd’hui que pensez vous de la vie en général ? De votre vie en particulier ?

Aujourd’hui je vis… Je n’attends rien d’elle. Je n’ai rien à faire. Je n’ai pas d’enfants. J’ai 83ans. Je ne peux rien espérer.

L’an dernier j’ai été opéré et  j’ai une cicatrice de trente centimètres .La personne qui est ma compagne actuellement était inquiète, moi pas.

Malgré tout cela, j’ai eu une jeunesse magnifique j’ai eu beaucoup de chance de revenir. C’est de la chance purement et simplement.

Ce que je retiens en fait est que je suis très difficile dans mes choix et avec mon entourage. Je ne peux pas être déçu.

Je me sens sage en moi-même. Je crois en Dieu. Je ne vis pas avec ma déportation mais je vis avec mon passé.

Je suis surtout pudique sur cette partie de vie. Je ne veux pas échanger ; un jour un voisin de travail lorsque j’avais un garage dans Paris  m’a dit que son père était notre voisin à Auschwitz .C’était vrai  je le connaissais et  je l’avais vu partir. Mais je n’ai pas osé dire la vérité à cet homme. J’ai dit qu’il avait changé de camp…  Et depuis,  je le fuis. Je ne veux pas évoquer ces souvenirs.
Mon voisin au Racing a aussi  un numéro. Nous le savons mais nous n’avons jamais parlé de cela.

Un autre sportif veut parfois  m’en parler quand  il voit mon numéro sur mon bras mais je ne veux pas parler. Il ne peut pas comprendre.

J’avais retrouvé après la libération un ami qui habitait la province et qui venait à Paris me voir avec sa femme. IL avait aussi été déporté. Jamais nous n’avons évoqué ces souvenirs.

On les a dans le cœur et dans le corps mais cela ne sort pas. C’est démentiel cela dépasse l’imagination. J’ai écrit ce livre pour me libérer.

Quels conseils pouvez- vous donner aux jeunes d’aujourd’hui ?

C’est très difficile il y a des montagnes entre eux et nous maintenant. On n’éduque plus les enfants. Mais le vrai conseil est le respect. Respecter ses parents d’abord comme il est dit dans la Bible.

Respecter. C’est le maître mot que je veux laisser aux jeunes.

Conclusion.

Monsieur Grunval est sympathique, ouvert, dynamique, étonnant de fraicheur pour son âge qu’il ne fait absolument pas. Il refuse qu’on l’aide pour mettre son  manteau .Il marche aisément et vite. Il est plein de projets, de voyages notamment.

Il a été déçu par le milieu des déportés et pense que dans une génération la Shoah ne sera plus qu’un moment historique sans autre signification que d’autres passages de l’histoire.

Monsieur Grunval est un écorché, mais qui à force de volonté semble étouffer sa peine.

Il conseille à tout le monde d’aller en voyage à Auschwitz pour se rendre compte de la réalité. Il y est allé une seule fois accompagner des personnes et s’est isolé dans le bâtiment qu’il avait occupé. Les souvenirs sont venus l’assaillir et il a dû quitter pour fuir. Il ne retournera pas.

Commentaire de l’Artiste sur le tableau : Ne pas Lâcher

Ce fut le premier tableau chronologiquement parlant.

Gilbert Grunval est souriant et secret à la fois. Il ne veut pas être mêlé aux autres rescapés. Il est seul et indépendant. Son regard clair cache moins qu’il ne révèle.

« Ne pas lâcher » est écrit avec des fils de fer barbelés car rien n’est plus difficile que de tenir un fil de fer barbelé entre ses mains.

A Auschwitz, les clôtures en fil de fer barbelé conduisaient un courant électrique mortel.

Rien n’était plus facile au déporté  que de se suicider.

Gilbert Grunval est vivant.

Il a créé une crèche à Jérusalem au nom de sa femme, Chantal Grunval dont il s’occupe activement.

Capture d’écran 2015-07-05 à 15.16.38



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