Gisèle Mandelman

2012 - 09 - 01 - Alain Husson-Dumoutier - IMG_2488« Etre fort »

 

Gisèle  Mandelman est rousse avec des cheveux longs et bouclés. La devise qu’elle a souhaité faire figurer est :

« Etre fort ». Elle porte bien sa devise.

Tous les jours, elle agit en ce sens. Si les volutes curvilignes rappellent sa chevelure, les deux piliers symbolisent sa détermination et son courage devant l’adversité.

120x90cm Huile sur toile, Pigments purs, Sables des plages du débarquement, Terre d’Auschwitz,  

120x90cm Huile sur toile, Pigments purs, Sables des plages du débarquement, Terre d’Auschwitz,  

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120x90cm Huile sur toile, Pigments purs

GISELE MANDELMAN Présentation

Capture d’écran 2015-05-08 à 22.27.37Née à Paris le 28 Aout 1932

Arrêtée à 12 ans en Janvier 1944 sur dénonciation à Villeneuve- sur-Lot, avec sa mère, son père et sa sœur Sabine. Transférée à Vittel en janvier 1944.

Libérée par les résistants fin Septembre 1944.

La  première année de votre  retour qu’avez-vous fait ?

J’ai été libérée alors que j’avais 12 ans et nous sommes allés vivre à Paris. Mes parents avaient plusieurs magasins à Troyes et mon père a repris le cours de ses affaires. C’est ainsi que le 8 mai 1945, nous étions à Reims, au moment de la signature de la paix.

Comme avant la guerre, mon père avait un appartement boulevard Voltaire à Paris, nous sommes revenus à notre domicile. Après mon année passée à l’école de Reims, je suis entrée à l’Institut Maintenon à Paris pour rattraper le cours de mes études, mais j’avais des maux de têtes épouvantables et je perdais la mémoire. J’ai dû être soignée très activement y compris à Saint Anne, car en même temps ma mère était très malade de la tête également.

Sa maladie a duré très longtemps et elle a été trépanée plus de quatre fois et a supporté 47 curetages de la tête avant sa mort en 1958. J’avais une admiration pour ma mère, qui était une femme extraordinaire.

Quand êtes-vous revenue à la vie après la libération ?

Je ne sais pas si je suis revenue à la vie. Je ne suis pas encore libérée de ces jours à Vittel car j’y pense tous les jours. Depuis cette époque, je ne peux pas dormir sans mettre le drap au dessus de moi car j’ai peur des rats.

La libération physique existe, mais pas la libération morale. Je me sens encore coupable d’être vivante à côté de tous ces morts que j’ai vu partir dans les trains.

Mon père et ma mère avaient des passeports palestiniens. C’est la raison pour laquelle une fois arrêtés, nous sommes allés à Vittel avec les diplomates et nous sommes restés à Vittel ensemble.

Nous étions des otages. Un homme valait quatre allemands, une femme trois et un enfant un seul.

Mais en parlant de libération, il faut que je vous dise que mon père était un être exceptionnel. Quand nous étions à Nice, avant d’être arrêtés, un jour j’allais au cinéma avec une amie, je suis passée devant une synagogue et j’ai vu dans la rue un camion bâché noir.

Et sur la porte il y avait un papier où il était marqué que « les offices étaient suspendus dorénavant ». J’ai senti le malheur arriver.

En rentrant, j’ai prévenu ma mère et effectivement mon père et son ami avait été arrêtés dans l’après-midi et se trouvaient enfermés par les SS dans la synagogue.

La chance, car nous avons eu de la chance, fut qu’une personne  arrêtée également avec mon père, un juif allemand, connaissait le capitaine SS qui l’avait arrêté. En effet, ce capitaine était étudiant en droit en Allemagne et avait été hébergé par sa famille. Le capitaine SS, comprenant l’enjeu, avait dit à cet homme qu’au moment de la relève de la garde, une porte serait laissée ouverte.

Mon père a saisi l’occasion. Sept personnes se sont évadées, quatre ont été reprises, mais mon père  a pu partir. Il a traversé tout Nice et s’est retrouvé chez des amis, les Rykiel, les parents de Sonia Rykiel et les Pilzer.

C’est ainsi que ma mère fut prévenue que mon père était sauvé. Nous avons décidé alors de partir dans une ambulance à Villeneuve sur Lot. On a changé de nom, mais c’est là que nous avons été arrêtés en janvier 1944 sur dénonciation et que nous avons été emmenés à Vittel.

Quelle est la phrase qui vous a permis de tenir ?

Plutôt qu’un phrase, ce sont des moments qui donnent lieu a une pensée.

Par exemple, j’ai peut être tué un Allemand alors que j’avais dix ans. Il faut revenir au début de la guerre.

Mon père était parti en septembre 1939 avec ma mère en bateau aux Etats-Unis. Il avait emporté 400 000 dollars pour acheter un immeuble à New-York. Mais à la déclaration de guerre, il est revenu pour accomplir son devoir.

Ma sœur et moi étions élèves au collège de Bouffémont. Puis mon père a été démobilisé en 1940 et il voulait partir en Espagne ou aux Etat Unis. Il est d’abord parti vers la Côte d’Azur alors que nous sommes restées à Paris, Sabine ma sœur, ma mère et moi.

Puis il y a eu la fameuse rafle du 11ème où des Français sont venus chercher mon père, mais la concierge a dit qu’il n’y avait personne. Ils ne sont pas montés. Ma mère a décidé alors de prendre le train pour Mâcon pour passer en zone non occupée à Dijon. Et là, un commandant allemand, qui a vérifié nos papiers, nous a laissé passer, alors qu’il savait que nos papiers n’étaient pas réguliers.

Nous avons pris un passeur, mai celui-ci « a jeté son dévolu sur ma mère et a voulu la violer ». J’ai alors pris une pierre et j’ai frappé le passeur à la tête. Et je crois qu’il est mort.

 

Quelle est a phrase que vous voulez transmettre aux  jeunes ?

La phrase que je veux transmettre, c’est « ETRE FORT ».

Et la phrase que ma mère employait toujours :

«  TOUJOURS PARAITRE, JAMAIS SE LAISSER ALLER ».

Ma mère était toujours très bien habillée, toujours élégante et même quand elle était vraiment malade, elle continuait à vouloir plaire à mon père.

Elle se préparait toujours pour l’accueillir le soir.

Mon chiffre fétiche est le 7, c’est le chiffre sacré de ma religion juive. C’est aussi les 7 merveilles du monde et les 7 pêchés capitaux.

Quelles ont été vos préoccupations essentielles lors de votre retour?

J’étais encore petite et j’étais malade. Mais progressivement je suis devenue la mère de ma mère, car je suis restée à son chevet jusqu’à la fin. Mon fils est né en 1957, ma mère est morte en 1958.

Mais il ne se passait pas une journée sans que j’aille voir ma mère ou que je m’occupe d’elle. Ma mère nous a entourés «  comme une louve ». C’était une femme admirable, exceptionnelle. Mais sa maladie la rendait dépendante.

Aujourd’hui que pensez-vous de la vie en général ?  De votre vie en particulier ?

Je n’ai pas le droit de me plaindre car je suis vivante. Et si je peux livrer quelque chose, je dois livrer la joie de vivre. Je dois toujours faire MIEUX.

Je dois savoir reconnaître les belles choses et surtout le BEAU INTERIEUR. Et je voudrais, pour la planète, faire quelque chose, comme mon père l’a fait en son temps. Je vous ai dit que mon père avait le passeport palestinien, parce qu’il a planté des arbres, beaucoup d’arbres en Palestine et je voudrais créer une fondation pour planter des arbres dans le monde. Transmettre la vie. Je veux laisser un souvenir de mes parents, ne pas oublier qu’ils sont vivants.

Ai-je réussi ma vie ?

J’ai vécu, je suis vivante, j’aime tendre la main. Je n’ai pas le droit de me plaindre.

Je crois avoir réussi ma vie, mais je n’ai pas rempli mon contrat.

Je crois que mes enfants ne m’ont pas comprise. Et les deux hommes que j’ai connus  après le départ de leur père ne leur ont pas plu. Ces hommes m’ont exploitée, mes enfants m’en veulent que je me sois laissée faire.

J’ai eu des enfants, mais je ne les avais pas désirés. Mon mari n’a pas compris qui j’étais. J’ai été une oie blanche, et quand mon mari m’a trompée, je lui ai mis ses affaires dans une valise et lui ai dit de s’en aller.

Mais ce que je peux dire, c’est que la guerre nous a forgés. On peut venir aujourd’hui avec des mitraillettes je n’ai peur de rien. Je n’ai peur de personne. Qui décide ? C’est moi.

Quels  conseils pouvez-vous donner aux  jeunes d’aujourd’hui ?

Il faut travailler, admirer et profiter de chaque moment.

Dans la vie, il n’y a que des moments. Ma mère disait et je crois qu’il faut finir là-dessus :

« L’AMOUR NE DURE QUE 5 MINUTES EN 24 HEURES, MAIS IL RESTE 23 HEURES ET 55 MINUTES QUI SONT DE L’AMOUR ».

Conclusion

Madame Gisèle Mandelman vit encore dans le passé. Un passé heureux, avec ses parents qu’elle admire et qui sont très présents en elle.

Elle vit aujourd’hui dans un certain décalage, en se souvenant des splendeurs et regrettant de ne plus les ressentir.

Originale dans son approche et dans ses tenues, elle surprend. Elle est pleine d’enthousiasme, de courage et de chaleur humaine. Elle admire l’art et cherche à rencontrer les êtres avec une grande tolérance. Gisèle Mandelman is a « character !».Grâce à elle de nombreux  rendez-vous ont pu être préparés avec différents rescapés . Elle a déployé  une constante et inlassable énergie pour montrer les tableaux de cette série et le travail de mémoire qui en résulte.

Commentaires de l’Artiste sur tableau

Gisèle  Mandelman est rousse avec des cheveux longs et bouclés. La devise qu’elle a souhaité faire figurer est : « Etre fort ». Elle porte bien sa devise.

Tous les jours, elle agit en ce sens. Si les volutes curvilignes rappellent sa chevelure. Les deux piliers symbolisent sa détermination et son courage devant l’adversité.

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Mme Gisèle Mandelman avec son amie iranienne Mme Shalah Mauch-Deyhim à l’Epi club

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Le 27 janvier 2015 Mme Gisele Mandelman avec M. Maxi Libratià lors de la remise

de la  médaille d’or de  la mairie de Paris aux rescapés de la Shoah



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