Julia Wallach

2012 - 09 - 01 - Alain Husson-Dumoutier - IMG_2513 final« Je me suis débrouillée »

 

Les six visages dont les yeux et la bouche sont grands ouverts représentent les six millions de juifs qui ont été massacrés au cours de la shoah. Tous posent la question:

« Pourquoi ? ». Le filde fer barbelé qui les sépare symbolise les différents camps dans lesquels ils ont été massacrés.
La barre rouge, verticale, fait allusion au sang de la vie qui traverse l’humanité. Très étrangement c’est exactement la couleur du drapeau de l’Allemagne nazie.
La vie est toujours victorieuse.

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Huile sur toile, Pigments purs, Sables des plages du débarquement, Terre d’Auschwitz

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Capture d’écran 2015-07-07 à 18.04.34Julie Wallach Présentation

 

Née le 14 juin 1925 à Paris.

Arrêtée le 24 Avril 1943

Déportée de Drancy à Birkenau par le convoi numéro 55.

Elle  fait la marche de la mort.

Elle s’est évadée le 24 avril 1945.

La première année de retour qu’avez-vous fait ?

Il faut que je vous parle de mon mari d’abord. J’ai rencontré mon mari à mon retour. Lui-même avait été déporté. Le 7 mars 1944, il était parti par le convoi n° 69 vers le camp d’Auschwitz. Le 11 avril 1945, il a été délivré par les Américains. Il faisait 28kg quand il arrive à l’hôpital de la Salpêtrière. Il en est sorti le 1er mai et en allant chez des amis dans le Bordelais, il est parvenu  à se reconstruire petit à petit.

Au printemps 1945, il revient à Paris et recommence son travail de confection de pantalons. Nous nous sommes mariés avec Marcel le 27 juin 1946. Le mariage civil a eu lieu à la mairie. Nous avions 21 et 22 ans. Le mariage religieux se déroula chez ma tante, rue Vanneau.

Après le mariage, j’ai travaillé chez ma belle-sœur mais je ne m’y plaisais pas et mon mari m’a appris à coudre à la machine et nous avons travaillé toute notre vie en tant que « entrepreneurs ». Au second semestre de 1946, j’étais enceinte de ma fille.

J’ai accouché à l’hôpital Rothschild et pour vivre, j’ai vendu les peaux que mon père avait gardées. Mon père fabriquait des sacs, de très beaux sacs et avait gardé des peaux au moment de la guerre.

Quand vous êtes-vous sentie libre ?

 Il faut dire d’abord ce qui s’est passé.

Les Allemands sont entrés dans Paris le 14 juin 1940 ,le jour de mon anniversaire. Je n’oublierai jamais cette date et le silence des Parisiens.. La première rafle eut lieu le 14 mai 1941,mon père y échappa car il ne se rendit pas à leur convocation.

Du  16 au 18 juillet 1942 se tint la  rafle du Vel d’Hiv. Nous vivions dans l’angoisse. Ma mère est arrêtée et transférée à Drancy, un bâtiment dont l’architecte est juif d’ailleurs.  Nous avons tout fait pou l’en sortir mais en vain. Elle est déportée à Auschwitz le 31 aout. Une fois ma mère arrêtée mon père n’était plus le même. Il m’a même dit «  Si ta mère ne revient pas je préfère mourir » .Nous ne la reverrons jamais.

Le 24  avril 1943 mon père et moi  c’est à notre tour d’être arrêtés, transférés à la conciergerie puis conduits à Drancy où nous sommes restés du 25 avril au 23 juin 1943.J’ai fait partie du convoi 55  Et nous sommes arrivés au petit matin à Auschwitz -Birkenau  du 25 juin 1943 à quelques kilomètres de Cracovie.

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l’arrivée des trains (image d’archives)

On nous intima l’ordre de descendre rapidement et des centaines de personnes hagardes se retrouvèrent en bas des wagons, sans trop savoir ce qui leur  arrivait. Immédiatement en tenue rayée, des détenus étaient chargés d ’évacuer tous les bagages … C’est sur la rampe que s’effectuait la sélection des prisonniers, entre ceux qui  étaient destinés au gazage immédiat et ceux qui allaient dans quelques instants entrer dans le camp .

On nous a déshabillées et rasées. Ce fut un prisonnier qui me rasa. J’en ai gardé les stigmates… Les femmes recevaient un foulard, une robe toute rêche de bleu et blanc écru à porter à même la peau sans aucune culotte.

Les conditions de vie étaient atroces. J’ai reçu de très nombreuses corrections, j’ai été frappée plusieurs fois. C’était La faim, le froid, des conditions épouvantables…J’ai survécu. Je me suis débrouillée.

Capture d’écran 2015-08-12 à 18.29.09le camp de Birkenau-Auschwitz (image d’archives)

J’ai fait aussi  la marche de la mort. Ce fut horrible et interminable. Le 18 janvier 1945, on a vu des camions partir et on nous a dit que si on nous laissait là, on nous tuerait et on nous a dit qu’on marcherait, ce que nous avons fait. Le 21 janvier, on avait fait 80 km à pieds dans la neige et on a marché ainsi jusqu’au 25 janvier. On est arrivés ensuite à Ravensbrück. Il y avait plus de 60 000 femmes déjà. Puis de là,nous sommes  partis pour Marchoff le 10 février, qui est situé à 80 km de Ravensbrück. Pendant 7 semaines, on est resté dans cette ville, on a crevé de faim et le 1er avril, on est repartis pour aller à 5 km de Lysich. Le 2 avril, nous avons été dans les wagons pris sous les bombardements près de Magdeburg, mais nous n’avons pas été touchés.

Le 12 avril 1945, on a vu les soldats allemands s’habiller en civil, mais nous étions toujours gardés par eux. Les allemands étaient  sûrs que nous n’allions pas sortir vivants de cette épreuve car nous n’avions rien à manger. Et ils nous ont dit « on vous laisse ». On est restés là, puis on s’est évadés le 24 avril. Nous étions 5 amis.

2 polonais nous accompagnaient et nous avons avancé jusqu’au moment où nous avons rencontré des soldats américains qui nous ont demandé nos papiers mais l’une de mes amis montra son bras qui portait le numéro tatoué. Et là, le soldat, qui était juif, s’exprima en yddish. Et nous arrivâmes ainsi avec les Américains dans leurs camps.

C’est là que les polonais, ayant trouvé 2 oiseaux, les ont fait cuire. Malgré les avis du docteur  américain, je les ai mangés, et je fus très malade.

Puis le 28 avril, nous partîmes avec 3 voitures mais nous fûmes arrêtés par des Allemands en uniforme et nous fûmes à nouveau prisonniers.

Mais on  a réussi à négocier notre départ avec le chef du camp et en quittant la ville, nous pûmes rencontrer à nouveau les Américains.

Le 2 mai 1945, Berlin était pris par les troupes de l’Armée Rouge. Par la suite, après une désinfection au DTT, je partis dans un camion américain jusqu’en Hollande et je rejoignis le grand centre de rapatriement où j’ai retrouvé mon amie Frida.

Et après des périples en train, je suis arrivée le 24 mai en Hollande et les Hollandais nous ont très bien accueillis. C’est à ce moment là que j’ai pris conscience de ma liberté. Je tournais le dos à l’Allemagne, ce pays où s’enracinent les plus horribles de mes souvenirs.

Mes 2 amis belges nous ont quittés en arrivant sur Liège, et nous sommes repartis avec mes 2 amies, Anna et Sabrina, vers la France. Le premier contact avec la France à Hirson fut pénible.

On nous a  interrogé car bien que déportées, nous n’avions pas de papiers. On me donna un petit pécule, une gamelle et des rations alimentaires. Mais mes amies d’origine polonaise n’avaient pas eu le même traitement. C’est là que je me suis mise en colère, et après avoir tempêté, elles ont pu avoir la même chose. On a pris des camions pour aller à Charleville et nous primes le train pour Paris.

J’arrivai le 26 mai à la Gare de l’Est.

Dans son livre Madame Wallach montre le fac- similé du texte qu’elle a écrit ce jour là : »Le 26 mai 1945 à 10H1/4,  jour heureux, nous arrivons à la gare de l’Est dans notre cher Paris auprès de notre chère famille. Fin de nos douleurs et misères qui seront toujours immortelles »NDLR

Qu’avez-vous fait la première année de votre retour ?

Des amis, surtout Mr Erb avaient gardé de l’argent de mes parents et un voisin a pu me faire récupérer l’appartement qui avait été pris par un collaborateur mais qui est parti . Cet appartement j’y ai  toujours vécu et ou j’y vis encore maintenant. Nous l’avons refait complètement en 1953 …

Mais au début j’ai voulu vivre et je suis sortie, j’étais jeune mais surtout j’ai rencontré mon mari et je me suis mariée le 27 juin 1946 soit 13 mois après mon retour à Paris . Nous avions 21 et 22 ans. Puis très vite j’ai été enceinte  et ma petite Myriam est née le 15 janvier 1947 à l’hôpital Rothschild.  L’arrivée de Myriam a bouleversé ma vie .Je passais mon temps à m’occuper d’elle à la dorloter. Mon mari lui chantait des chansons. Cette période fut très heureuse. Mon fils Patrick  est né 7ans et demi  plus tard, le 5 juin 1954. J’avais eu des fausses couches entretemps.

Qu’avez-vous fait ensuite ?

 J’ai appris à coudre, la confection et les pantalons. Mon mari m’a appris et on travaillait énormément. Ensuite nous avons eu un atelier de confection, nous étions entrepreneur pour les autres . On travaillait dans le Sentier.

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Tableau de Mme Wallach détail

Quelle est la phrase qui vous a permis de tenir ?

Mon mari était rentré des camps très malade. On lui avait coupé un doigt de pied et la septicémie s’était développée dans son corps. Il a également eu la typhoïde. J’ai tout fait pour sauver mon mari. Puis mon fils avait une maladie nerveuse, il s’évanouissait quand il était contrarié. Par la suite, à 18 ans, mon fils a eu la leucémie par la rate. Il a été soigné par le professeur Seligman. Ma fille est  tombée gravement malade elle aussi  et elle est décédée le 5 avril 1998. Elle est morte d’un cancer. J’ai passé mon temps avec les médecins.

 La phrase que j’ai gardée en moi toujours est VIVRE, ET NE PAS BAISSER LES BRAS.

Quelles sont vos pensées actuelles sur votre vie?

Mes petits enfants sont ma  vraie satisfaction. Ma petite fille, la fille de ma fille décédée a deux enfants 14 et 15 ans et demi et mon fils a trois filles.  Aujourd’hui nous avons cinq petits enfants et  six arrières petits enfants.

 Je suis très active je ne supporte pas le calme et le silence.

 Je ne crois pas en Dieu. je dis toujours que Dieu était en vacances de 1933 à 1945.

J’ai même décidé de ne plus aller m’exprimer dans les écoles religieuses car une fois un enfant d’une de ces écoles m’a dit que parce que je n’étais pas croyante j’ai été punie. Et le professeur n’a rien dit !

Quels conseils pouvez- vous donner aux jeunes d’aujourd’hui ?

Il y a beaucoup d’amour chez nous. On faisait avant Shabbat  chez nous mais depuis la mort de ma fille je ne puis plus.. Pour les jeunes

IL FAUT VIVRE, NE PAS BAISSER LES BRAS

Conclusion

 Madame Wallach est étonnante de vitalité et de force intérieure. On sent chez elle un esprit et une vivacité peu fréquentes. Elle a eu une vie dure et éprouvante mais malgré toutes ses souffrances elle passe la tête haute. Elle est  une personne de caractère et de courage. Souriante malgré tout.

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Madame Wallach chez elle, dans l’appartement de son enfance



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