Lucie Cohen-Lashkar

2014 - 01 - 18 - Alain Hussou-Dumoutier - _MG_7895-Modifier« Ne plus voir ces horreurs »

 

Lucie Cohen est une sœur ainée d’Yvette Patino. Les quatre filles Lashkar sont parties à Auschwitz ensemble et en sont revenues.

Le tableau est un hommage aux quatre jeunes filles qui ont su créer des familles et vivre pleinement ensuite.

La phrase qu’elles voulaient transmettre aux jeunes génération est : « ne plus voir ces horreurs »

120cm x 90cm

Huile, pigments pure, sables des plage du débarquement, terre d’Auschwitz sur toile.

120cm x 90cm

Huile, pigments pure, sables des plage du débarquement, terre d’Auschwitz sur toile.

120cm x 90cm

Huile, pigments pure, sables des plage du débarquement, terre d’Auschwitz sur toile.

Capture d’écran 2015-08-18 à 17.22.28Lucie Cohen-Lachkar presentation

 

Etat Civil :

Madame Lucie Cohen  née Lashkar

Née le 7 juillet 1923  à Nemours (Algérie) venue en 1936 à Marseille.

Sa mère s’appelle Rachel Zermati

Son père Nessim Lachkar

Présentation

Madame Cohen-Lachkar, sœur ainée de Madame Patino,  n’est pas très grande, le visage est doux régulier, le sourire est bon, le regard est franc, simple, direct. Elle a  les cheveux auburn et bouclés.

A 90 ans, elle se tient assez droite ne semble pas fatiguée, son élocution est claire, sa mémoire est bonne avec parfois   quelques défaillances très compréhensibles.

Son fils Isaac très prévenant l’aide parfois sans jamais intervenir  au-delà du nécessaire.

 L’appartement situé dans une résidence aux abords de Marseille est simple, clair, parfaitement tenu. Quand il est nécessaire qu’elle retrouve certains documents de souvenirs, ceux-ci sont immédiatement disponibles.

Capture d’écran 2015-08-18 à 17.21.14

Toutes les filles Lashkar avec leur mère avant la déportation. En partant de la droite Yvette

(Mme Patino) est la première, Lucie est troisième

Numéro A 5544

Ce numéro fait suite à ceux de ses trois sœurs (cf entretien de Mme PATINO arrêtée et déportée à Auschwitz avec elle par le même convoi N°74).

 Arrêtées toutes les quatre  en même temps et transférées  ensemble à Auschwitz elles sont enregistrées et reçoivent des numéros successifs attribués par ordre chronologique . les numéros sont les  suivants :

 A5543 Juliette, A5544 Lucie,A5545 Alice, A5546 Yvette.

Au cours de cette enquête seules deu sœurs ont pu être interrogées Yvetyte la plus jeuen d’abord Madame Patino puis Lucie, madame Cohen. Les autyes soeurs étaient décédées.

Quand vous êtes-vous sentie libre ?

Le 27 janvier 1945 à Auschwitz, quand les Russes, pas les Mongoles, nous ont délivrés. Les officiers parlaient français. J’allais mourir. J’étais tellement mal que je n’ai pu faire la marche de la mort et ma sœur Yvette, avant de partir, m’avait couverte de cadavres pour éviter mon départ.

J’étais malade du typhus, pendant 8 jours je n’ai mangé que de la neige, j’avais la dysenterie. Puis je suis restée 6 mois à Auschwitz pour être soignée par les Russes.

– L’arrestation

J’ai été arrêtée avec mes sœurs et mon père à Saint Barnabé et j’ai été transférée d’abord au 426 de la Rue de Paradis à Marseille, qui était le siège de la Gestapo, puis, j’ai été emprisonnée aux Baumettes.

De là, nous sommes partis à Drancy et nous étions dans le même wagon pour Auschwitz, mon père et mes sœurs en avril 1944.

Nous étions 60 dans le wagon, on ne pouvait pas respirer, c’était horrible.

(NDLR : l’émotion est très forte à ce moment-là et les sanglots l’empêchent de parler).

Vient alors le passage sur son père qui récupère dans le fossé des pages de livre de la Thora qu’il ramasse. Elle voit partir son père au loin alors  qu’ avec ses 3 sœurs , elles ont mises ensemble du côté « travail ».

Très vite Yvette part pendant 40 jours au Revier, les trois autres sœurs sont ensemble dans le bloc, mais doivent attendre 40 jours avant de travailler.

« Puis j’ai eu la gale, j’ai été envoyé au Revier aussi et on m’a soigné avec du souffre.

Le matin c’était mortel, car pendant 4 heures c’était l’appel, les Allemands comptaient et recomptaient.

Un jour pendant l’appel, ma sœur Alice, celle qui était devant moi, alors qu’il il ne fallait pas parler ni bouger, avait osé murmurer..  Les Allemands sont venus et ont marché sur elle avec des bottes. Ma grande sœur, Juliette nous a dit, « Ne bougez pas ». Alice a eu un grand trou dans le dos qu’elle a gardé toute sa vie après.

La vie dans le camp

 J’ai effectué  plusieurs travaux. Les Polonaises et les Russes s’arrangeaient pour avoir les meilleurs travaux, elles ne nous aimaient pas, au point que l’on ne disait plus que l’on était  Françaises. Moi je changeais tous les jours. Un jour j’ai été à la cuisine.

C’était le système débrouille. J’essayais d’éviter de travailler.

Avec mes sœurs, on ne se voyait pas dans la journée. Le soir après le travail on pouvait se voir. On s’aidait entre nous

Qu’avez-vous fait la première année ?

Je suis restée encore 7 mois à Auschwitz.  Les Russes m’ont soignée, ils ont transformé un bâtiment en infirmerie. Il m’ont donné à manger comme les bébés, avec la soupe le matin.

Puis après les 7 mois, je suis rentrée. Je ne suis pas passé par Odessa. J’ai pris l’avion puis le train directement pour Marseille. Je suis arrivée à Marseille en Juillet 1945. Il n’y avait personne pour m’accueillir.

Yvette, ma sœur,  avait dit à ma famille que j’étais probablement morte quand elle est partie pour la marche de la mort pour Bergen Belsen. Aussi, personne ne m’attendait.

J’étais enflée, pleine d’eau. J’ai cherché mes parents à Saint Barnabé, mais il n’y avait personne. Le propriétaire m’a dit qu’ils habitaient à Beaumont. Il m’a accompagnée jusque Beaumont..Quand je suis  rentrée chez moi, j’ai  retrouvé  mes sœurs. On s’est embrassé,  et  on a  pleuré. Maman a pleuré.aussi Puis après on a commencé à travailler.  Ma mère a été formidable.

Tous les matins on allait au marché avec ma sœur aînée à la gare de l’Est. Et quand on voyait les légumes, les fruits, on les prenait et on les mangeait. Ma sœur nous excusait.

Puis toutes les 4 nous sommes allées à Créteil pour être soignées.

Qu’avez-vous fait après ?

J’étais sténodactylo. J’ai travaillé chez un philatéliste, j’avais 21 ans.Tous les dimanches, les quatre sœurs, on sortait ensemble. On allait au cinéma, on était invitées par des garçons mais on ne couchait pas.

Capture d’écran 2015-08-18 à 17.21.31

Lucie et ses soeurs au retour des camps à Marseille. Lucie est à droite.

Nous ne sommes pas sortis avec des déportés, J’ai rencontré mon futur mari Vidal au bal des Ambassadeurs. Il était juif sépharade comme moi, sa mère était Turque et son père Grec.

Nous nous sommes mariés le 7 juin 1947. On m’avait bien demandé de ne pas avoir d’enfant tout de suite, comme ancienne déportée, car Mengele faisait des expériences.

Mais, ma fille aînée Monique est née le 6 Mars 1948. J’ai eu trois autres enfants, Josiane née le 6 mars 1950 (on note la similitude des deux dates de naissance le ­ mars ) Isaac qui est né le 14 novembre 1952 et  Maxime qui est né le 14 janvier 1955.

Ce qui fait 4 enfants au total et j’ai maintenant : 9 petits-enfants et 16 arrières petits- enfants.

 Que pensez-vous de votre vie aujourd’hui ?

Aux camps je ne voulais pas vivre. Mais il faut quand même dire que la deuxième fois que je suis allée  au Revier,  il y  eu une sélection.

J’étais malade et toute nue, j’étais la dernière de la queue. Mengele m’a regardée et à pointé son index du mauvais côté, j’allais vers la chambre à gaz.Le feu du four crématoire était derrière moi.Mais la chef  m’a poussée et m’a fait mettre une robe pour me rhabiller.

J’ai couru. Je me suis sauvée. Elle m’a sauvé la vie, je ne sais pas pourquoi ?

Au camp rien ne nous retenait à la vie. Je ne me rappelai plus comment était ma mère.On était abrutis ils mettaient des produits dans le soupe. Rien n’a été plus épouvantable que cette période.

 Puis je me  suis mariée. Mon mari était au début marchand forain, puis il est rentré à la poste. C’était un très bon mari.il est décédé il y a 30 ans environ, d’un cancer.

Avec mes sœurs, on est restés très unies. La vie dans les camps nous a encore plus unies, mais on n’en parlait qu’entre nous. Jamais devant ma mère, nous ne voulions pas lui dire ces atrocités. Nous voulions protéger notre mère. C’était une sainte.

Elle s’occupait tellement bien de nous.

Aujourd’hui je suis heureuse, j’ai ma famille, mes enfants. « Vous savez il faut s’accrocher »

Et Dieu ?

Je ne veux pas en parler. Je continue à croire parce que cela rappelle mon père. Je fais shabbat,  Yom Kippour, mais je ne suis pas sectaire. Je ne suis pas comme les religieuux d’aujourd’hui maintenant, c’est trop.

Et le pardon ?

Je ne peux pas pardonner « aux boches », aux Allemands, je veux dire aux SS aux nazis.Mais je n’en veux pas aux jeunes.

Et Israël ?

Heureusement que l’on a un pays.

Ma fille Monique vit en Israël dans les territoires occupés. Son mari est un juif de Constantine. Ses enfants sont nés là-bas. Elle a trois enfants : un fils policier, une fille qui était à El Al et  travaille maintenant dans l’immobilier à Jérusalem et un fils qui est chef de sécurité chez les religieux.

Je suis allée en Israël pour voir mes enfants mais je ne veux pas y habiter.

Quels sont le mot, la phrase, le geste  qui vous ont fait le plus tenir durant toute votre vie ?

« NE PLUS VOIR CES HORREURS »

Conclusion

L’entretien est très tendu par la souffrance que Madalme Cohen exprime encore. Elle témoigne rarement et  ce rendez -vous  est l’un des rares qu’elle a accepté de donner. Le sourire de Madame Cohen parfois remplace un mot difficile ou un souvenir douloureux  qu’elle ne ce peut pas ou ne veut pas rappeler . Le souvenir de la déportation est encore très vif. L’horreur des camps et la souffrance sont  encore dans son regard.

Commentaire du tableau.

Ce tableau est réalisé à base de rouge et de noir qui se trouvent déjà présents sur le tableau concernant  la sœur  cadette de Lucie Lashkar ,Yvette qui,  âgée de 14 ans est arrêtée  par la Gestapo en faisant de la balançoire. Les numéros des 4 sœurs sont inscrits sur les 4 cotés du tableau , mais leur prénoms  sont marqués sur un tableau séparé et accroché à la toile par ordre chronologique. Les quatre sœurs sont parties ensemble pour Auschwitz et les quatre sont revenues.. Elle ne se sont plus quittées après.

Les yeux figurant au bas du tableau dans le noir sont ceux de Lucie, enfouie sous des cadavres par sa sœur Yvette au moment du départ pour la marche de la mort qu’elle ne peut suivre étant trop faible et malade.

Ces yeux sont aussi ceux de la Mort.

Capture d’écran 2015-08-18 à 17.20.55

Madame Lucie Cohen Lashkar avec son fils Issac à Marseille en 2014



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