Zelda Sosnowski

2012 - 09 - 01 - Alain Husson-Dumoutier - IMG_2495« Aimer les gens, ne jamais désespérer »

 

Quand zelda sosnowski a vu « son » tableau elle s’est écriée « Cela me fait peur, cela représente la mort » et elle a revécu cette marche de l’horreur.

Le personnage, ni homme ni femme, traverse un champ de neige. La masse des crânes qui l’accompagnent est déjà dans le noir absolu.

120x90cm

Huile sur toile, Pigments purs, Sables des plages du débarquement, Terre d’Auschwitz

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Huile sur toile, Pigments purs, Sables des plages du débarquement, Terre d’Auschwitz

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Capture d’écran 2015-07-19 à 20.20.08Zelda Sosnowski Présentation

 

Née le 19 mars 1930 à Lodz (Pologne)

Arrêtée dans le ghetto de Lodz, elle transférée à Auschwitz le 27 Aout 1944.

Libérée à Bergen-Belsen

Quand vous êtes-vous sentie libre ?

Quand je suis arrivée en France en 1948. Je ne parlais pas la langue mais je me sentais libre et depuis je me sens toujours libre en France.

Je n’aime pas les Polonais, ils sont restés antisémites bien qu’ils évoluent beaucoup en ce moment, et le Pape Jean Paul II a fait beaucoup, c’était un homme bien ;

En fait je suis arrivée en 1948 en France, car ayant été libérée à Bergen-Belsen, j’étais très malade et ne pesais que 24 kg. J’ai du aller en sana, je ne pouvais pas me lever ni tenir une cuillère et c’est la Croix Rouge qui m’a amenée en Suède.

J’ai d’abord été à SICTUNA soignée dans une école désaffectée, j’avais 15 ans c’était en 1945. Puis j’ai été dans des sanas, j’ai retrouvé ma sœur de 12 années plus âgée, qui avait épousé un officier français, un chrétien et c’est comme cela que j’ai pu venir en France.

J’ai été  vivre d’abord chez ma sœur, puis je suis allée dans un sana.

Qu’avez-vous fait la première année ?

Pendant trois ans j’ai été malade et je suis même encore maintenant assez fragile, je dois faire attention à ma santé. Je n’ai jamais été à l’école.

En 1948 de retour en France, j’étais chez ma sœur qui a eu 9 enfants, et j’ai fait des ménages.

J’ai rencontré mon mari chez ma sœur qui s’appelait de laigne marquis du Vernet qui était un ami de mon beau-frère. J’ai fait des ménages chez la mère de mon mari et j’ai pris son fils.

A ce sujet il faut dire que mon mari avait 10 ans à la déclaration de guerre et qu’il a été caché dans le Vercors.

Que s’est-il passé alors ?

Nous nous sommes mariés le 18.06.1951 nous n’avions rien, même pas la santé.

Notre fils Albert est né en 1952 et notre fille Béatrice est née en 1958. Au début de notre mariage nous étions dans la misère.

Nous étions assis sur des caisses d’oranges car nous n’avions pas de meubles. Puis plus tard, nous avons eu un tout petit appartement et nous habitions 44 rue Pixerécourt dans le 20ème. Notre principal but était d’avoir du lait pour le bébé.

Nous n’avions pas d’argent, et nous travaillions très dur et  9 mois après le mariage j’étais enceinte.

Nous avons tout de suite eu deux machines à coudre et nous avons loué au gaz de France un réchaud à gaz pour manger, pas de toilettes elles étaient sur le palier. Nous travaillions 14  et 16 heures par jour.

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Quel était votre sentiment à cette époque

 Je voulais retrouver ma mère, c’était un espoir fou car lorsque nous avons été arrêtés au ghetto c’était horrible. Les Allemands tuaient les bébés en leur claquant la tête contre les murs pour les jeter ensuite dans les brasiers.

 Nous sommes arrivés à Auschwitz le 27 Août 1944, après 3 jours de voyage mon père, ma mère mon frère et moi. Nous avons été séparés tout de suite, mon père a disparu et ma mère a été brulée dans la forêt car il n’y avait plus de place dans les fours.

Mon frère aussi est parti, seule ma sœur qui avait  quatre années de plus que moi était avec moi et m’a protégée. Par exemple quand il faisait froid elle se mettait devant moi et elle me donnait son pain en me disant qu’elle n’avait pas faim et me disait qu’elle l’aurait jeté si je ne le mangeais pas. J’aimais beaucoup ma sœur.

En fait, au moment de notre arrivée, je devais être gazée, j’étais toute nue avec 40 autres jeunes filles dans la salle carrelée blanche, quand Mengele est arrivé et m’a sélectionnée et je suis partie en usine.

C’est là que j’ai fait un vœu, si tous les jours je cassais une pièce dans mon travail, ce que je faisais,  je reverrais ma mère.

Je ne l’ai jamais revue. J’ai su en 1945 qu’elle était morte car j’ai vu son nom dans la liste des victimes.

Ma sœur est morte en avril 1945 à Bergen Belsen nous avons été libérés par les alliés le 15 avril 1945, il y avait des belges parmi les alliés et il faut savoir que le jour de la libération il y a eu plus de morts que la veille, car les allemands avaient laissé du pain empoisonné, moi j’ai vomi, c’est peut-être pour cela que je suis vivante.

Qu’avez-vous fait par la suite ?

Nous avons travaillé avec mon mari. On a toujours travaillé pour les autres même lorsque nous avions un atelier. Les machines ont été achetées à crédit et nous avons élevé nos enfants,

Ils ont eu tous les deux leurs bacs, notre fils a travaillé à la télé et notre fille Béatrice a été professeur d’informatique.

Notre fils Albert a épousé une non juive, une chrétienne. Elle est formidable, extraordinaire, je l’aime beaucoup.

Ma fille Béatrice a épousé un Séfarade très pratiquant et nous nous entendons tous très bien, nous faisons une belle famille.

Ils viennent ici à Vence en vacances, ils ont un studio en bas, nous avons 4 petits enfants qui sont merveilleux. Nous sommes heureux.

Je n’ai pas fait d’études mais j’ai quand même été directrice d’une usine qui fabriquait des bas et des collants à Moreuil dans la Somme en Picardie en 1967.

Ndlr Son mari Isidore intervient à ce moment-là pour dire : « j’étais même sous ses ordres »

En fait le directeur de l’usine était malade et j’ai dû le remplacer au pied levé.

Je m’étais aperçue que les bains de coloration étaient organisés sans logique et comme je suis une femme je sais qu’on lave les couleurs claires d’abord et les couleurs foncées ensuite, ceci évite un long nettoyage des outils. Auparavant les ouvriers mettaient le week-end pour nettoyer. J’ai organisé la production de telle sorte l’on  commençait par les couleurs claires et finissait par les couleurs foncées. La production a été augmentée immédiatement et au bout de 3 mois elle a été triplée. La direction a voulu licencier l’ancien directeur Mr Baruch pour me nommer à sa place. Je ne voulais pas qu’il perde sa place. Je gagnais à l’époque 3000 frs par mois et j’ai travaillé pendant 8 mois dans cette usine.

Nous avons tout fait.

Mon mari a même été directeur d’usine en Russie. Il  a réorganisé des unités de production textiles et même une fois une usine  nucléaire, mais là, il a arrêté immédiatement quand il a vu que son badge avait noirci en quelques secondes.

Quel est la personne le mot la phrase, qui vous a le plus marqué ?

Je pense toujours à ma mère. Elle est toujours dans mes pensées

Quand on s’est mariés on ne voulait pas d’enfant et j’en ai eu 2.

NDLR : (HD fait cette observation) Le bon Dieu fait bien les choses

Réponse : Le bon Dieu ne fait rien de bien, j’ai arrêté de croire quand on a pris ma mère et je ne crois toujours pas.

Et le pardon ?

 Je ne pardonnerai jamais aux responsables, aux acteurs, mais je n’en veux pas à leurs enfants, ils n’y sont pour rien. Les allemands d’aujourd’hui ne sont pas responsables de ce qu’ont fait leurs parents.

En revanche je n’aime pas les Polonais car ils sont toujours antisémites. Je vais vous dire une anecdote qu’on m’a racontée. Après la libération dans un train des polonais ont jeté des juifs par la fenêtre   et c’était après la libération.

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Quelle est votre relation avec Dieu ?

S’il existe je ne l’aime pas. Intervient alors sa cousine Hélène LAOR : « si Dieu existe, il doit demander pardon à Zelda ».

Si je comprends bien vous ne croyez pas en Dieu et vous ne pardonnez pas, mais alors quelle est votre opinion de l’être humain ?

J’ai confiance en l’être humain peut importe lequel. Je n’ai jamais désespéré

 

Comment considérez-vous votre vie aujourd’hui ?

Je ne projette rien, je vis au jour le jour. J’ai une vie normale le jour, mais le passé ne revient que la nuit avec des cauchemars affreux.

NDLR son mari présent à l’entretien acquiesce de la tête.

Si vous deviez revivre cette vie  pourrait-elle être la même ?

Non je voudrais revivre avec mes parents, mes frères, ma sœur qui me protégeait de son corps.

Mon frère par exemple qui est parti dans le ghetto et qui a disparu sans laisser de trace.

Mais j’ai mes enfants et mes petits-enfants, ils sont merveilleux.

Et votre opinion sur Israël aujourd’hui ?

Je ne veux pas vivre en Israël, je suis bien en France, j’aime la France.

 

Quel est le message que vous voulez délivrer à la jeune génération ?

Qu’ils aiment les gens, qu’ils aiment l’humanité et ne désespèrent jamais

 

Conclusion

Une grande tension règne au cours de l’entretien qui devient très émouvant lorsque Mme SOSNOWSKI parle de ses parents et de sa sœur qui est morte à Bergen Belsen. Ses souvenirs sont très intenses mais elle ne dit pas tout. Elle a, par exemple, fait la marche de la mort mais n’en parle pas. Il y a une grande pudeur dans ses propos cachés par une jovialité et un sourire amical.

Personne complexe sous une apparente simplicité due à sa pudeur et à cette souffrance qu’elle n’exprime que la nuit, Mme SOSNOWSKI représente à elle seule toute la tragédie de ces rescapés qui ne sortent pas de leur épreuve quelle que soit leur réussite postérieure, on leur a volé leur enfance et leurs rêves et ils se sont construits à force de courage et de volonté.

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