Annette Barbut

2012 - 09 - 01 - Alain Husson-Dumoutier - IMG_2482«Etre Humain »

 

This painting tries to catch the precise moment when Annette Barbut escapes with her niece nelly, in her arms. This is not the Virgin with her child that the medieval pain- tings describe but the run of a young girl and a baby hunted by the militia.

Tragedy is already on. The child is touched by the light falling from the sky. She his already leaving.

120x90cm

Huile sur toile, Pigments purs, Sables des plages du débarquement, Terre d’Auschwitz

120x90cm

Huile sur toile, Pigments purs, Sables des plages du débarquement, Terre d’Auschwitz

Huile sur toile, Pigments purs, Sables des plages du débarquement, Terre d’Auschwitz

Capture d’écran 2015-07-19 à 18.49.23Annette Barbut Présentation

 

Date : Samedi  18 JUIN 2011

Entretien réalisé avec Mme Annette BARBUT

Etaient  également présents :

son fils Gérard BARBUT –

Mr Bernard HEIJBLUM-

 Mr Alain HUSSON-DUMOUTIER

Etat Civil :

Annette BARBUT née CHUCHANA

Adresse  : 3 Bd du Parc Impérial   06000 NICE

Née à Marseille le 25 février 1922 

L’entretien a lieu chez Mr Bernard HEIJBLUM qui connait de longue date Madame BARBUT en tant que déportée. Madame BARBUT se présente comme une personne distinguée, habillée avec élégance, le regard est très vif même parfois  derrière ses lunettes fumées. Elle a une belle chevelure blanche, on la sent à l’écoute et inscrite dans son temps. On l’a perçoit réfléchie, calme et à l’écoute.

Madame BARBUT a 89 ans et se souvient parfaitement de certains éléments de sa déportation. En revanche, il lui arrive parfois d’avoir un souvenir confus ou d’oublier des détails et même des éléments importants de cette partie de son existence.

Par exemple, le numéro qui a été inscrit sur son bras a été en partie effacé et elle ne s’en souvient plus, exactement.

Elle vient, accompagnée de son fils Gérard qui est musicien et compositeur et qui, vivant à Los Angeles  possède une maison à Eze village.

Capture d’écran 2015-07-19 à 18.49.09

Mme Barbut accompagnée de son fils Gerard

Quand vous êtes-vous sentie libre ?

Immédiatement,  quand on a coupé les fils de fer barbelé du camp.  Ce sont des prisonniers qui nous avaient avertis déjà quelques jours auparavant, en nous disant : »On va bientôt être libérés », et sont eux qui sont venus nous délivrer quand les Russes et les Américains ont fait leur jonction.

C’était à Neu Stadt Gev, entre Berlin et Hambourg

Mais auparavant il faut que je vous dise les circonstances de mon arrestation.

J’étais à Tourtour dans le Var. C’était le 30 janvier 1944. J’étais allée de Toulon à Tourtour retrouver ma sœur Mathilde , mon beau-frère et leur petite fille qui y résidaient mais qui étaient partis depuis 2 jours. J’étais donc seule avec ma nièce de 15 mois.

Les Allemands étaient arrivés et j’ai couru me cacher avec ma nièce dans les bras, dans les bois, car la gestapo arrivait. J’ai essayé de remettre ma nièce à une habitante du village pour la sauver, mais cette personne a refusé de la prendre.

J’avais été dénoncée par le maire par intérim  de Tourtour.  Mais des jeunes gens qui me connaissaient bien sont venus me dire de me dénoncer, car les Allemands voulaient exécuter des otages si je ne me rendais pas.

Je me suis rendue et j’ai donc été emmenée pour vérifications de papiers à Draguignan . La patronne de l’hôtel qui me connaissait sur place a pu, à ma demande, envoyer un télégramme à mes parents où je disais : »Mathilde maladie contagieuse ». C’était un code que comprendraient mes parents.

Le lendemain, je retrouvais ma sœur et mon beau-frère également arrêtés à Draguignan et nous pensions être libérés. Mais on nous a mis dans un train pour aller aux Arcs, et là j’ai vu mon beau-frère  Max et son frère Albert avec des menottes comme des bandits !

Des Arcs nous sommes allés à Toulon puis à Marseille et là j’ai pu apprécier  des gens qui ont essayé de nous aider.

Nous avons été transférées à la petite Baumette à Marseille, j’avais retrouvé ma sœur Mathilde et son bébé. J’aimais beaucoup ma sœur ainée, mais je suis seule dans la prison des Baumettes.

Un jour, un responsable que l’on appelait « le basset » car il était petit et méchant a dit : « je cherche une juive pour déboucher les toilettes », j’ai levé le doigt et il a laissé la porte de la cellule ouverte, ce qui me permit de pouvoir sortir dans la cour et prendre le soleil avec les autres femmes.

C’est là que j’ai rencontré une dame que j’ai beaucoup aimée, plus âgée que moi, Madame SHAPIRO,  elle m’a prise sous sa protection et nous nous aidions mutuellement. Elle était l’épouse d’un homme important. Nous étions avec des prisonnières de droit commun et j’échangeais les cigarettes que je recevais avec les femmes qui étaient là, souvent il s’agissait de  prostituées. Je lavais le linge des soldats qui portaient à l’époque des caleçons longs . Nous sommes restés là environ une semaine. Puis nous avons été  transférées à Drancy , Mme SHAPIRO. et moi-même.

Là,  à Drancy,  nous avons attendu, on ne savait pas où nous allions être envoyées, on disait à l’époque « Pitchipoi ».

Puis en avril, nous sommes parties dans des wagons à bestiaux pour Birkenau. J’ai pris le convoi numéro 75**, ma sœur Mathilde était partie avant  avec sa petite fille par le convoi numéro 70.*  Je ne les ai  plus jamais revues. Pendant trois jours nous avons voyagé dans de conditions atroces. Les toilettes étaient un seau dans un coin, on n’osait pas y aller par pudeur. J’étais encore avec Madame SHAPIRO.

Puis nous sommes arrivées, les Allemands criaient tout le temps et là Madame SHAPIRO et moi avons été séparés, elle a disparu.

Pour ma sœur on m’avait dit que les enfants et leurs mamans allaient dans un camp familial. J’ai malheureusement compris plus tard qu’elles avaient été gazées

Moi j’étais jeune, c’est peut- être pour cela que j’ai été sauvée.

A Birkenau, Madame Barbut ne s’étend pas sur ce chapitre, mais signale qu’elle a notamment dormi avec une morte et qu’ elle n’a jamais perdu le moral et « qu’elle remontait celui du bataillon des filles ».

Puis j’ai fait la marche de la mort avant d’aller à Ravensbruck, puis enfin à Neustad glev où j’ai été libérée.

La marche de la mort 

Pour la marche de la mort, c’était  le 18 janvier 1945, j’étais pieds nus, j’avais été blessée et j’étais au « revier »-infirmerie-et j’ai appris qu’on allait partir. Je savais que si je restais là  j’allais mourir on m’aurait exécutée. On faisait l’appel, je n’ai pas voulu rester je n’avais sur moi que deux couvertures, une sur le dos et une autre autour de la taille et je suis partie ainsi. J’étais la dernière de la colonne et je ne voulais surtout pas m’arrêter, car les SS tuaient ceux qui tombaient avec une matraque à ressort. Ils achevaient les gens avec cette  arme.

Puis à un moment on a pris des wagons, ils étaient découverts, on n’avait rien à boire, rien à manger. J’étais avec des femmes russes, et une fois l’une d’entre elles m’a tendu une gamelle avec du liquide et m’a dit « bois ». je n’ai pas voulu boire, j’ai refusé. En fait c’était de l’urine. Puis le train est arrivé à Ravensbruck.

Le retour :

Quand nous avons été libérées, nous sommes restées 3 semaines, dans la camp des Américains qui nous ont soignées et donné des prospectus pour envoyer à nos familles.

J’ai envoyé un mot où j’ai marqué « Annette tout va bien, arrivée imminente »

En fait, je ne suis pas passée par Paris et l’hôtel Lutetia, mais, par Lille pour arriver directement à Marseille ».

En partant j’avais encore la tête rasée et un costume d’homme. Arrivée à Marseille je suis resté une ou deux nuits là, prise en charge par le service d’accueil, mais j’avais très peur car nous n’étions pas protégées ;

Puis j’ai pris de train pour Toulon.

** Convoi N° 75 parti de Drancy le 30 mai 1944     *Convoi N° 70 parti de Drancy le 27 mars 1944

Quand je suis descendue du train, j’ai retrouvé ma Maman avec le tonton Charles et j’ai dit : »C’est le plus beau jour de ma vie ». 

Mais j’avais la gale et je l’ai communiquée à toute ma famille. Lorsque je suis rentrée tout le monde venait me voir et me demandait si j’avais connu les personnes qu’elles recherchaient. La maison ne désemplissait pas.

Mes parents avaient survécu car ils avaient été évacués dans un petit village de la Drôme à Saudon , chez des gens qui les ont accueillis. 

Qu’avez-vous fait la première année ?

Je me suis laissée chouchouter ; je suis partie une année dans la Drome chez Mr et Mme TRINIAC, qui avaient hébergé mes parents et je me suis refait une santé ; j’ai grossi. Ces personnes discrètes étaient parfaites . Elles méritent d’être classées parmi les Justes

Puis j’ai travaillé, mes parents avaient un magasin de confection pour dames et mon père était voyageur de commerce.

Vous vous êtes mariée ?

Oui, j’ai rencontré Albert Barbut en 1947, mais à cette époque on restait fiancés un certain temps. Nous nous sommes mariés en 1948 et nous avons eu 3 enfants, une fille Nelly en 1950, un fils Gérard en 1953 et un autre fils Henri en 1959.

J’ai 3 enfants, 6 petits enfants et  je suis 5 fois arrière grand-mère.

Au cours de votre nouvelle  existence  avez-vous rencontré des difficultés ?

Oui, j’ai eu le malheur de perdre des gens de ma famille, notamment Robert le fils de mon frère qui est mort noyé en 1968 et la femme de mon frère qui est morte dans un accident de voiture ;

Comment avez-vous surmonté les souffrances ?

Je n’ai jamais voulu me laisser  aller,  la vie est là, même si j’étais bouleversée.

Je ne peux pas oublier mais on laisse  de côté.

Et Dieu?

.Je ne croyais pas en voyant tous ces enfants brûler !

Mais ma fille vit en Israel elle a fait son « alia », et j’ai trois petits enfants. Mon fils Gérard vit à Los Angelès,* Il a une fille et mon autre fils Henri vit à Paris il a 2 garçons . En fait je pratique peu,  mais je suis  les grandes fêtes, Shabbat, Yom Kippour, Roch Ashanna et par exemple pendant ma déportation un jour de Yom kippour je n’ai pas voulu manger

Je crois en Dieu et petit à petit je deviens plus pratiquante.

Qu’elle est votre position par rapport au pardon ?

Je ne peux pas pardonner. Je ne pardonne pas. 18 membres de ma famille sont partis, et seulement 2 sont revenus. 

Conclusion

Madame BARBUT n’a pas la souvenir du numéro qui était inscrit sur son bras. Elle pense qu’il s’agit du numéro 7094, en fait il a été effacé par un médecin il y a quelques années et il ne reste que quelques traces des chiffres.

Madame BARBUT nous montre  un certain nombre de coupures de journaux qui font état notamment du témoignage de se part lors du procès de la gestapo dans le sud de la France. Elle a joint également le texte d’une déportée qui comme elle est partie le 18 janvier 1945 de Birkenau a suivi la marche de la mort et est arrivé à Ravensbrück.

Commentaire de l’Artiste sur le tableau « La fuite « 

Le tableau représente un moment particulier de l’existence de Mme Barbut. Elle a 18 ans et a la garde de sa nièce, Nelly, à Tourtour. Sa sœur et son mari étant partis faire des courses, elle apprend que la milice veut l’arrêter. Elle prend alors sa nièce dans les bras et s’enfuit en courant à travers la forêt.

Cependant les miliciens la retrouvent quelques temps plus tard, et lui conseillent de se rendre pour éviter «  que sa sœur et son mari soient arrêtés ». En fait, ils seront arrêtés plus tard et emprisonnés, avec la petite Nelly. Tous partiront à Drancy, puis à Auschwitz. Seule Mme Barbut en reviendra.

Le tableau saisit le moment particulier où la jeune fille s’échappe , la petite Nelly  accrochée à son cou. Je n’ai pas voulu représenter une Vierge à l’Enfant comme les tableaux médiévaux la décrivent . Il ne s’agit pas d’une  monstration, mais de la fuite d’une jeune fille et d’un bébé, traqués.  La tragédie est déjà présente. L’enfant est touché par la lumière qui traverse le tableau, il est déjà en partance….

Les couleurs sont destinées à représenter à la fois la force interne de la jeune fille (le rouge), et la violence des éléments externes (bleu intense du ciel, vert et jaune de la nature). Les deux verticalités, celle de la jeune fille et celle de la lumière, encadrent l’enfant accroché. Son destin est déjà scelleest déjà scellé.

Réaction de Mme Barbut à la vue de son tableau

Jeudi  2 Décembre 2011

Ce jour jeudi 2 décembre 2011 à 15h30 nous sommes invités par madame Barbut chez elle à Nice  pour lui  présenter le tableau : la Fuite.

Situé dans le quartier de l’Eglise Russe, l’appartement est très agréable, clair , confortable et  meublé avec goût . Sur une commode sont présentés les photos des enfants et petits enfants de Madame Barbut . Le tableau est présenté droit, face à elle.

Mme BARBUT, au premier regard  comprend tout de suite ce qu’il représente.

-« Oui, je sais ce qu’il veut dire, je sais ce que vous avez voulu exprimer avec cette œuvre.C’est ma fuite avec ma nièce dans mes bras, à travers la forêt de Tourtour, avant que la milice française ne nous rattrape.  Un moment de ma vie très intense, très dur, que je ne pourrai jamais oublier ».

Sa voix est très émue, elle fixe le tableau et le commente : Elle apprécie le choix des couleurs, elle s’attarde sur le rayon de lumière qui descend du ciel et frôle le corps de l’enfant. « Je suis contente , c’est très beau , c’est émouvant »dit-elle..

Alors je lui demande le nom de cette petite fille, sa nièce, qui est dans ses bras «  Nelly » me répond-elle . C’est la raison pour laquelle j’ai appelé ma fille Nelly..

Capture d’écran 2015-07-19 à 18.48.56



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