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Holocauste : la résilience, thème d’une exposition picturale à Genève 

23.09.16

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 Photo d’une des pièces de l’exposition “Les rescapés de la Shoah: courage, volonté, vie ” par le peintre français Alain Husson-Dumoutier Vony Rambolamanana

« Les rescapés de la Shoah : courage, volonté, vie», c’est le thème de l’exposition que le peintre français  Alain Husson-Dumoutier, Artiste  de l’Unesco pour la paix, tient au Palais des Nations à Genève du 2 au 28 septembre prochain.

Les Artistes de l’Unesco pour la paix sont des personnalités internationales qui donnent une résonance particulière aux messages et aux programmes de l’Organisation. Il s’agit d’hommes et de femmes particulièrement soucieux du respect des valeurs promues par l’Unesco. Leur mission est de  sensibiliser le public aux actions de cette agence du système des Nations unies.

La mémoire de l’Holocauste est centrale pour l’Unesco qui considère que son enseignement est une dimension essentielle de la construction de la paix.  A travers l’art, c’est donc le devoir de mémoire qui s’exprime, contribuant ainsi à prévenir la répétition d’atrocités quel qu’en soit le lieu. Ainsi, à travers diverses expositions, l’Unesco s’efforce d’informer les plus jeunes sur le rôle destructeur de la propagande, l’objectif étant de prévenir les actes de génocide.

Le vernissage de l’exposition en cours a été l’occasion de découvrir trente-cinq peintures qui constituent l’aboutissement de sept années d’enquête et de travail pictural de l’auteur. Pour mener son enquête, l’artiste français a surtout recueilli les témoignages de survivants de l’Holocauste et effectué un voyage à Auschwitz.

Sociologue de formation, il posait des questions simples, claires et brèves : Quand vous êtes-vous senti libre ? Etes-vous croyant ?

« Il a fallu gagner leur confiance, et puis aussi apprendre et comprendre davantage la culture juive », témoigne-t-il. Une proximité s’est ainsi créée entre l’artiste et les personnes rencontrées. Certaines ont d’ailleurs fait le déplacement à Genève lors de l’inauguration de l’exposition. Lors de ses  échanges avec les rescapés, Alain Husson-Dumoutier a senti chez eux une volonté commune de survivre, de réussir leur vie d’après, puis de partager leur expérience. Mais la  portée de l’exposition va au-delà de la résilience de ses survivants. L’artiste s’est senti obligé, non seulement d’immortaliser cette volonté de survivre, mais aussi de transmettre un message aux générations futures. « C’est toute l’essence de l’art ; quand une œuvre est finie, elle n’appartient plus à l’artiste, elle joue un rôle de transmission des valeurs. Voilà pourquoi l’art est souvent l’une des cibles lors d’un conflit armé », explique le peintre.

Perpétuer la mémoire pour le bien de l’Humanité

Cette démarche artistique qui consiste à donner la parole aux survivants est ainsi complémentaire de la justice internationale qui, de plus en plus, place la victime au centre de son travail. Pour les victimes de la Shoah qu’il n’était pas question d’entendre au procès de Nuremberg, l’art peut donc combler un vide immense, en perpétuant la mémoire pour le bien de l’Humanité, aujourd’hui et demain.

Né en Provence, Alain Husson-Dumoutier, qui est aussi sculpteur, est un artiste international, présent dans de nombreux musées et de grandes collections dans le monde. Selon le site de l’Unesco, son talent s’exprime à l’écart des modes et des écoles, tout en étant résolument novateur et intéressé par les grands thèmes de l’humanité.

Grand voyageur –pour ne pas dire bourlingueur, il est également empreint de paysages, de lumières et de présences, que les êtres, les villes et les temples lui ont inspirés.

Epris de poésie, il ressent et exprime l’intimité de ses poètes préférés, tels Rimbaud, Schiller, Goethe, Lorca et Pablo Neruda.

Le partenariat d’ Alain Husson-Dumoutier avec l’Unesco remonte à 1996, lorsqu’il réalise deux sculptures-trophées à la demande de l’organisation, dont l’une fait partie de la collection permanente de cette agence onusienne, l’autre étant destinée à servir de trophée au Prix Madanjeet Singh pour la Tolérance et la Non-Violence.

Nommé Artiste pour la paix par en 1999, à la suite d’une riche collaboration avec l’Unesco, alors sous la direction générale de Federico Mayor, il poursuit son travail pour le compte de l’agence onusienne.

Son ascension est telle que c’est lui qui, en 2006, portera le drapeau de la peinture française à Sarajevo, à l’occasion du 10ème anniversaire des accords de Dayton. Sociologue de formation, il présente l’année suivante une grande exposition intitulée « l’Egypte et les Trois Livres Sacrés », s’inspirant de ses recherches sur les religions.

 

 

 © Tribune de Genève; 19.09.2016; Seite 10tg1

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Genève internationale

Exposition

Les leçons de vie des rescapés de la Shoah

A travers la peinture, l’artiste Alain Husson-Dumoutier a trouvé un autre moyen de transmettre l’héritage des anciens déportés

Alain Jourdan 

«Ne parlez pas de moi mais de mon exposition, de ce qu’elle dit aux autres générations.» Cette supplique est celle d’Alain Husson-Dumoutier. L’artiste français était à Genève dernièrement pour raconter l’histoire des trente-cinq tableaux exposés en ce moment dans la salle des Pas perdus du Palais des Nations dans le cadre de l’exposition «Les rescapés de la Shoah, courage, volonté, vie». En 2007, ce sociologue de formation a entrepris de rencontrer des survivants de l’holocauste pour recueillir leurs témoignages.

Son humanisme rivé aux tripes et son émotion d’artiste en bandoulière, l’homme a voulu comprendre comment des femmes et des hommes, rescapés de l’enfer, étaient parvenus à se reconstruire, et pour certains à mener de brillantes carrières, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Un travail de transmission à travers la peinture pour asseoir le caractère universel du message transmis par les survivants. Jamais un peintre n’a consacré autant de temps et autant de tableaux au thème de la Shoah.

Comprendre l’après

Aucune des œuvres exposées ne laisse indifférent. «Ces tableaux ne sont pas là pour faire plaisir mais pour faire réfléchir», explique Alain Husson-Dumoutier. Pour l’artiste, une peinture doit toujours contenir une part «d’impalpable» si l’on veut qu’elle porte un questionnement ou une prise de conscience. Trente cinq tableaux, ce sont trente-cinq histoires différentes. Alain Husson-Dumoutier est devenu le confident d’une poignée de survivants. Au départ, quelques-uns ont manifesté de la réticence. Puis, l’artiste a pu se confronter aux récits à la fois précis et dépouillés des témoins et victimes de l’indicible. Pas pour restituer l’image des camps. Pour essayer d’en comprendre l’après. Comment survit-on ou revit-on quand on revient de l’enfer?

Alain Husson-Dumoutier a des milliers d’anecdotes. Mais aucune ne parvient à exprimer ce que portent ses toiles. Ou plutôt si. Une chose résume peut-être tout. C’est une petite voix que l’artiste ne parvient pas à couvrir. C’est celle de son attachée de presse, Gisèle, arrêtée à 12 ans, dénoncée parce qu’elle était juive. A 85 ans, elle est là, pleine de vie, un regard pétillant. Sa casquette rivée sur la tête, les mains dans ses dossiers de presse, elle n’hésite pas à reprendre l’artiste lorsqu’il omet un détail. Rien n’est dit mais tout est dit. Ceux qui ont échappé à la mort ont épousé la vie.

C’est parce qu’elle explore cet autre pan de la Shoah que l’exposition présentée actuellement au Palais des Nation est unique. Accolée à chaque portrait ou illustration, une citation ou une phrase qui renvoie au récit d’un rescapé: «pardonner pour vivre», «la vie est belle», «vivre pour témoigner», «construire», «amour de la vie»…

Un combat d’aujourd’hui

Pour l’artiste, il importe de regarder cette exposition à l’aune de ce qui se passe dans le monde aujourd’hui. «Haïr un enfant juif, c’est haïr un enfant arabe», lit-on au-dessous d’un tableau qui représente l’aigle impérial nazi empoignant deux silhouettes par la tête. Cette phrase est de Hravka Folman, une survivante devenue institutrice et qui a consacré sa vie aux enfants, qu’ils soient juifs ou musulmans.

«L’histoire de tous ces survivants doit inspirer ceux qui sont en souffrance aujourd’hui. Ils peuvent s’en sortir, se reconstruire. Rien n’est perdu», explique l’artiste. L’esprit de résilience des victimes ne dédouane pas pour autant de leurs responsabilités ceux qui vivent dans l’opulence. «Dites-le dans votre article: il y a 50 millions d’enfants réfugiés dans le monde aujourd’hui! On ne peut pas accepter cela.» Ne rien faire, c’est piétiner leur dignité et la nôtre, dit l’artiste.

Exposition jusqu’au 28 septembre 2016. http://www.husson-dumoutier.org/ http://rescapesdelashoah.org/

Alain Husson-Dumoutier: «L’histoire de tous ces survivants doit inspirer ceux qui sont en souffrance aujourd’hui.» ORBISSWISS PHOTOS-GENEVA

Pour la paix

Les tableaux d’Alain Husson-Dumoutier sont exposés dans de nombreux musées. En 1996, l’Unesco lui demande de réaliser deux sculptures. C’est le début d’une longue collaboration entre l’artiste et l’organisation internationale, qui le nomme artiste de l’Unesco pour la Paix en  1999. A.J.

 Alain Jourdan

Rubrique internationale – Correspondant au Palais des Nations

 

 

The painting of ALAIN HUSSON DUMOUTIER

Marie Mignon Gardet

 

Alain Husson-Dumoutier is a UNESCO “Artist for Peace”. He has successfully accomplished the audacious and marvellous achievement of « taking a step back to contemplate » giving us at the same time the means to meditate on one of the world’s greatest tragedies. A tragedy that a few have managed to escape or overcome and transform into courage and determination, thanks to their love of life. After seven years of arduous work and research, the artist is now/at last able to present us with his work of art at the UNESCO headquarters in Paris. For the painter, there is in our troubled world an imperishable spirituality that goes together with the notion of art. It alone might have the capacity to bring men together in the hope of a lasting peace. Alain Husson-Dumoutier has imbued his colourful work with the incredible strength of beauty that lives within him through an unquestionable mystic impulse. The pictorial world of the creator is immediately recognised by the distinctive use of materials often mixed with sand or earth, in this particular case, soil from Auschwitz, or other colouring textures which give the painting a structured and balanced form together with a pure and stunning symbolic simplicity. Though never obstructing an infinite opportunity open to the alchemy of light. He asserts himself unambiguously through a deep sensibility that makes him so unique. The atmosphere of his work pervades in the flow of muted or shimmering colours, which in their living spirit, take away and sweep aside any realism, like the impulse of an absolutely vital energy. A universe infinitely larger than oneself opens up, a universe filled with respect whilst generating opulence and an original fertility. The work of art then becomes symbolic, assimilating on a plastic level the clash between the artist’s impulse and his human creation/essence. The mystic impulse leads his creation beyond any conflict between the figurative and the abstract. It immediately catches the eye, and gives rise to an unknown light, hope and renewal. However, that powerful dynamic brought to life by multiple moving forces, can also create a serene atmosphere in which big spurts of deep blacks, of intense blues, vibrant reds or soothing greens come to life and multiply the effects of the materials and shapes. We enter the world of musicality, which enhances the intention of the artist both on plastic and symbolic levels. All this abundant colour range reveals the very essence of life far from a scientific grasp. It reveals the intangible. Far away from any rational process. Thus comes the exaltation that leads to what is fundamental. Alain Husson-Dumoutier has the artistic ability of explode the appearance of certainties and illusions into the realms of the possible, through a magical use of incandescent colours. The artist excels in shaking up the very essence of man through a great cosmic movement instilled with an imposing clarity, a harbinger of peace.